pourquoi je suis fachee avec le milieu medical

Pourquoi je suis fâchée avec le corps médical?

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Il fallait que je vous dise, il fallait que je vous raconte pour partager, pour extérioriser aussi, cet évènement d’apparence anodine mais qui m’a bouleversé ces derniers temps. C’est l’histoire d’un implant contraceptif qui devait être enlevé…

Tout commence il y a un an lorsque j’ai décidé de refaire poser un implant contraceptif. J’avais très bien supporté le premier et je ne voyais aucunes raisons pour ne pas recommencer: à moi la tranquillité pendant 3 ans. J’ai donc pris rendez-vous avec ma gynécologue pour qu’elle pratique cet acte anodin, qu’elle a profondément foiré; puisqu’au lieu de me le mettre sous la peau, elle l’a bien enfoncé dans les muscles. Première gaffe qui va entraîner une échographie du bras à la clinique quelques jours après pour savoir où elle l’avait foutu (car malgré la taille microscopique de mes bras, elle n’arrivait pas à le sentir, c’est vous dire!). Et premier constat: il est bien bien profond, pris dans la chair et le jour où je voudrais l’enlever, ça va être galère! Mais optimiste comme je suis, je me suis dis “pff, c’est pas grave, on verra ça dans 3 ans”.

Oui mais voilà

Oui mais voilà, c’était sans compter sur mon corps qui a décidé que cet implant là, il n’en voudrait pas. Il s’est dit que peut-être j’étais trop vieille, peut-être qu’il fallait mieux que je fasse des enfants, peut-être qu’il s’est dit qu’il en avait marre d’avoir des hormones, ou peut-être que comme je l’habitue à avoir du sain tout le temps, ben l’implant, ça fait tâche dans tout ça. Enfin bref, le constat était clair: il fallait l’enlever seulement quelques mois après seulement. Et la gynéco de me dire que vu où il était placé et les risques et tout et tout, c’était un orthopédiste qui devait voir ça. Alors bon, déjà que depuis quelques années le corps médical et moi c’est pas la joie, j’ai voulu anticiper en faisant tout ça dans une clinique. Une clinique ça a des sous, ça devrait bien se passer non?

Premier rendez-vous avec l’orthopédiste qui m’explique que lui le sent enfin, et que “pff c’est rien, une chirurgie de 10 min sous anesthésie locale, le soir vous êtes chez vous et le lendemain, vous pouvez reprendre le travail”. Ahhh mais trop chouette alors! Oui mais bon avant tout ça, il faut aussi que je fasse des analyses médicales (1 semaine avant) pour l’anesthésiste, puis rendez-vous avec l’anesthésiste qui m’explique que bon, l’anesthésie locale va quand même être de tout le bras pour éviter les risques “mais que je ne sentirais rien”, et échographie le jour même pour voir s’il a pas trop bougé depuis 10 mois.

Le jour J

Et me voilà le jour J, rendez-vous à 9h à la clinique pour faire l’échographie du bras et direction le bloc opératoire. Dès mon arrivée, je sens les infirmières paniquées parce que mon rendez-vous au bloc est tôt et que la radiologie n’ouvre pas avant 9h (et encore, je suis venue en avance exprès) et que du coup il faut m’emmener tout de suite parce qu’on sait jamais si je peux passer avant. Me voilà donc alpaguée par un brancardier qui m’accompagne dans les dédales de couloirs et de portes toutes pareilles pour arriver en radiologie où ils ne savent pas faire une échographie du bras pour un implant *boulets*. 40 minutes plus tard (et autant d’injures face à la machine de la radiologue) me voilà saisie dans l’autre sens cette fois parce qu’on m’attend au bloc et il faut que j’aille en ambulatoire me changer de toute urgence (non mais sérieux ^^). Pendant que je suis entrain de me changer, les infirmières m’expliquent qu’il faut que quelqu’un soit là à mon retour et cette nuit sinon ils me gardent (mais ce n’est pas ce qui était prévu, d’autant que mon chéri est à Nantes pour la semaine), et la petite question qui s’en suit “vous prenez quoi au petit déjeuner après l’opération?” “sans gluten” “ah mais on a pas ça, je vais voir avec les cuisines” bla bla bla “euh, biscuits, c’est bon?” “non” “céréales?” “non” “yaourt?” “oui” “bon on va voir ce que l’on peut faire, en attendant, on vous attend au bloc”.

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Ni une, ni deux, me voici en fauteuil roulant pour le bloc opératoire. Installée dans une pièce avec plein de personnes, on commence à me perfuser, à se présenter à moi (une, deux, trois, quatre personnes juste pour cette pièce dont je ne me souviendrais ni du nom, ni de leur fonction, mais bonjour quand même) et l’infirmier anesthésiste qui m’explique que le temps que l’on fasse l’anesthésie du bras (qui se réalise sous l’aisselle, endroit très sensible), pour ne pas que je sente quelque chose, on va me donner un petit sédatif en intraveineuse. Ok, vas-y, fait péter le calmant. Mais ce que je ne savais pas, c’est que leur petit cocktail est à base de Ketamine et de Lexomil, et ça mon corps, ben il connaît pas, et il aime pas du tout. Le shoot là, d’un coup, ça fait boom dans mon cerveau et dans mon corps. Et ça passe vite, très vite. J’ai à peine le temps de comprendre ce qu’il se passe que déjà l’anesthésiste me prend le bras et commence à m’enfoncer l’aiguille sous l’aisselle, mais j’ai mal, je sens tout et mon corps qui ne réagit plus, qui ne m’écoute plus. Je ne sais plus si l’on a éteint les lumières ou si c’est mon cerveau qui disjoncte mais j’ai mal et je ne peux plus bouger, ni mes lèvres, ni mes bras, ni mes jambes. Je ne peux pas exprimer ce que je ressens, c’est coincé, et chaque seconde est un cauchemar. Au bout d’un minute peut-être (où est la notion du temps dans ce cas), je réussi à passer au-dessus de l’effet du médicament pour sortir à bout de force un “j’ai mal” à l’anesthésiste qui ne trouve rien de mieux que de me répondre “mais non vous n’avez pas mal, c’est dans votre tête”. Mais non conasse, ce n’est pas dans ma tête, c’est la tienne qui ne veut pas voir que tes putains de médicaments ne fonctionnent pas. C’est comme ça et du coup tu ne m’écoute pas, et je ne peux rien faire. Et elle m’injecte le produit anesthésique dont je peux suivre le trajet dans tout le bras, et enlève ensuite la seringue, en sensibilisant chaque partie de mon bras, mais je ne peux rien faire, rien dire. Et elle fièrement me dit “voyez c’est fini, ça n’était rien”. Ça n’était rien car je suis dans un état, drogué par tes médicaments où je ne peux rien dire. Pour toi ça n’était rien oui, pour moi… après tout, tout le monde s’en fou non?

Mon corps a tellement mal supporté le produit et a tellement douillé – pendant ces 5/10 minutes? – qu’il se met à trembler sans possibilité de l’arrêter, pendant une demi-heure à peu près. Je ne le contrôle plus, et pour m’installer sur la table d’opération, ils sont obligés de me porter à 4 car les tremblements sont trop forts. Personne ne vient me voir, personne ne me demande ce qu’il se passe. L’infirmier anesthésiste est juste là pour me dire “pour éviter que vous ne trembliez de trop je vous ai remis un petit sédatif” et moi de lui répondre à bout de force “vous ne m’avez pas remis cette merde que vous m’avez injecté là?” “non non, ne vous inquiétez pas”. Ne vous inquiétez pas, c’est vite dit. Pour ce qui est du bloc, non, je n’ai rien senti, ma tête a décidé de zapper une partie, trop de souffrance émotionnelle. Je me souviens du retour dans la chambre, rapide, trop de lumière, trop de souffrance. Et d’un déballage des infirmières qui passent et qui te disent des trucs que tu te souviens même pas. Je me souviens du sourire de mon amie qui est venue me chercher, si chaleureux et réconfortant dans cet endroit si froid. Personne toujours pour me demander si ça va. J’ai envie d’aller aux toilettes mais je n’ai pas le droit de me lever tant que je n’ai pas mangé. Et je n’ai pas le droit de manger pour le moment car je risque de vomir. Et j’attends. Et je passe au-dessus pour leur prouver que je peux sortir rapidement, parce que là, j’ai qu’une envie c’est d’être chez moi, loin de tout ça. Mais je n’ai pas le droit. Et revient à la charge ce problème de gluten où l’on me présente des produits pour que je déchiffre les étiquettes (alors que je ne vous décrit même pas l’état de fatigue physique et émotionnelle dans laquelle je suis) et à moi d’expliquer aux infirmière que non, malgré ce qu’on leur a dit pendant leur formation avec la nutritionniste, le gluten n’est pas que dans le blé. (non mais sérieux ^^). Une heure, deux heures se passent, avant que le chirurgien arrive pour me dire que l’implant était vraiment mal placé, et que je ne dois pas travailler pendant 1 semaine et qu’une infirmière doit venir à domicile tous les deux jours pour refaire mon pansement et que j’ai une ordonnance pour des antalgiques au cas où. “Mais je ne supporte pas le Tramadol que vous m’avez prescrit” “Oh mais c’est pas grave, vous n’aurez pas mal”. Ben oui, tu parles (à me relever toutes les 6 heures pour prendre le sacré graal Dolipran pour me délivrer des tensions post-op). Et on se revoit le 1er décembre à 17h30, et vous pouvez rentrer chez vous. “Mais docteur, je ne bouge toujours pas mon bras”. “Oh c’est rien ça, ça va partir vite” => l’anesthésie est partie à 21h le soir ^^.

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Et l’après

Retour chez moi prendre des affaires, mon chien, annuler mes rendez-vous pour me rendre chez une amie. Douleurs dans les 3 jours qui suivent même la nuit. Rejet des différents médicaments par mon corps de toutes les façons (tremblements, vertiges, réveils en frayeur la nuit…) pendant ⅘ jours. Et mise au point hier avec le chirurgien pour lui raconter tout ce qu’il s’était passé. Il me l’a avoué, il l’avait vu quand je suis rentrée au bloc que ce n’était pas comme d’habitude, mais il n’a rien dit. Il n’a rien dit car comme tous ceux que j’ai rencontré pendant toute cette période, ils ont peur et s’en foutent: du sentiment des patients, que leurs techniques peuvent ne pas fonctionner, que les gens ne sont pas des robots et qu’il peut y avoir des réactions non escomptées. Pour tout ça, j’ai maintenant peur, et en rentrant dans la clinique hier pour le rendez-vous j’ai fais une crise d’angoisse. Parce que ce laps de temps où je suis restée coincée dans mon corps en sentant tout mais sans pouvoir réagir, c’est traumatisant. Parce qu’avoir mal et ne rien pouvoir y faire et que personne ne vous croient c’est décourageant. Parce que dans ma tête persiste: et la prochaine fois?

Je suis quelqu’un qui avance et même sur ça, je passerais au-dessus mais il me faut du temps, et il me fallait vous en parler. Ça m’aide, simplement. Le poser sur le papier c’est le sortir de ma tête, et c’est important.